Qui contribue à bâtir le Canada ? Pourquoi organisons-nous le Sommet sur l'investissement communautaire ?
Partout au Canada, autour des tables de discussion, les décideurs politiques, les responsables locaux, les chefs d'entreprise et les citoyens ordinaires se posent la question suivante : que faudra-t-il pour bâtir une économie canadienne plus forte et plus résiliente ?
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Partout au Canada, autour des tables de discussion, les décideurs politiques, les responsables locaux, les chefs d'entreprise et les citoyens ordinaires se posent la question suivante : que faudra-t-il pour bâtir une économie canadienne plus forte et plus résiliente ?
Mais il y a une autre question que peu de gens se posent : qui aura le droit de participer à sa construction ?
Les ménages canadiens détiennent environ $4 billions d'actifs, mais une part très infime de ces actifs est actuellement affectée aux projets menés par les communautés et visant à développer des logements abordables, des énergies propres et des infrastructures locales — autant de projets qui contribuent directement à renforcer la résilience des économies locales. Plus de $3 billions des actifs des Canadiens lambda sont investis dans des titres américains.
À quoi cela ressemblerait-il si davantage de Canadiens pouvaient investir dans leurs propres communautés ?
C'est la vision de la Sommet sur l'investissement communautaire, qui se tiendra les 5 et 6 avril 2027 à Ottawa, organisé par la Coalition canadienne pour le capital communautaire, un regroupement de plus de 30 organisations de tout le Canada cofondé par Tapestry Community Capital.
Ce sommet réunira des responsables locaux, des décideurs politiques, des acteurs du monde de la finance et de l'investissement, des fondations, des chercheurs et d'autres partenaires de l'écosystème afin d'examiner les conditions nécessaires pour que l'investissement communautaire occupe une place plus importante dans le développement du Canada.
Nous avons rencontré Stéphanie Pinnington, directrice de la croissance et des partenariats chez Tapestry, pour discuter de l'importance de ce moment, des changements nécessaires et de ce qu'elle espère voir émerger de la mobilisation autour du mouvement d'investissement communautaire.
Pourquoi Tapestry co-organise-t-elle le Sommet sur l'investissement communautaire ? Pourquoi Tapestry, et pourquoi maintenant ?
Stéphanie: Je pense que c'est une période vraiment cruciale pour le travail que nous menons. Plusieurs événements se sont conjugués, tant sur la scène politique mondiale que locale, ce qui rend ce moment particulièrement significatif.
Nous assistons à la mise en place de droits de douane, à des tensions commerciales et à un débat plus large sur la souveraineté économique du Canada. Parallèlement, on reconnaît de plus en plus le rôle que peut jouer le capital privé, y compris les investissements des Canadiens ordinaires, dans la construction du pays que nous souhaitons.
Nous sommes confrontés à d’énormes défis en matière de logement, de climat et de construction de communautés résilientes. Les communautés élaborent déjà des solutions à ces défis, mais elles ont souvent du mal à accéder aux capitaux nécessaires pour les mettre en œuvre.
C'est le moment idéal pour rassembler les gens et se demander ce qu'il faudrait faire pour faciliter cela.
Quelles sont les initiatives déjà mises en œuvre par les collectivités auxquelles les investisseurs et les décideurs politiques devraient accorder davantage d'attention ?
Stéphanie: Les collectivités savent souvent mieux que les pouvoirs publics, au niveau national, ce dont elles ont besoin. Les pouvoirs publics comprennent que nous sommes confrontés à une crise du logement et à une crise climatique, mais ils ne se rendent pas toujours compte de la manière dont ces défis se traduisent concrètement au niveau local, au quotidien.
Les communautés prennent conscience des problèmes et les solutions.
Le problème, c'est que le financement constitue souvent un obstacle. Nous avons vu des organismes de logement social et des associations locales passer des années à essayer de réunir les fonds nécessaires, en combinant parfois jusqu'à dix sources de financement différentes : prêts traditionnels, subventions, dons, etc. C'est extrêmement complexe.
L'investissement communautaire se distingue par le fait qu'il donne directement le pouvoir aux communautés. Il leur permet d'agir dès maintenant, plutôt que d'attendre que des décisions soient prises en leur nom par des acteurs extérieurs.
Je pense que les investisseurs et les décideurs politiques devraient accorder beaucoup plus d'attention à ce qui se passe déjà sur le terrain. Il existe des organisations formidables qui s'attaquent activement à certains de nos plus grands défis, et l'investissement communautaire est un moyen de développer cette action à plus grande échelle.
C'est aussi l'occasion pour les investisseurs de repenser la manière dont leur capital peut être mis à profit. Nous pouvons aligner nos valeurs sur nos choix d'investissement. Nous pouvons trouver des moyens de mettre le capitalisme au service du bien commun et d'offrir aux Canadiens la possibilité d'investir dans des causes qui leur tiennent à cœur, à eux et à leurs communautés.
Que faut-il changer pour que l'investissement communautaire se généralise ?
Stéphanie: Il y a plusieurs éléments à prendre en compte. La Coalition canadienne pour le capital communautaire plaide en faveur de mesures telles qu’un crédit d’impôt, la déductibilité des pertes et l’intégration simplifiée des investissements communautaires dans des comptes enregistrés comme les REER et les CELI. Ces mesures contribueraient à encourager l’investissement et à réduire les risques pour les investisseurs. Mais le signal donné par le gouvernement est tout aussi important.
Lorsque le gouvernement met en œuvre ces changements, il montre aux Canadiens qu’il croit en l’investissement communautaire. Cette reconnaissance peut contribuer à faire comprendre aux investisseurs particuliers que ce type d’investissement s’intègre désormais pleinement au système financier.
Les conseillers en gestion de patrimoine ont également un rôle important à jouer. La plupart des Canadiens continuent de prendre leurs décisions d'investissement avec l'aide d'un conseiller en gestion de patrimoine, même si l'investissement autonome se généralise.
Alors que de plus en plus de Canadiens transfèrent leur argent vers des plateformes d'investissement en ligne, telles que Wealthsimple, il est possible d'intégrer également l'investissement communautaire à ces plateformes. À terme, notre objectif est que l'investissement communautaire soit perçu par les Canadiens comme une composante normale de leur stratégie d'investissement.
En quoi ce sommet se distingue-t-il des autres conférences consacrées à la finance sociale ?
Stéphanie: Il existe de nombreuses conférences qui jouent un rôle essentiel dans le développement de notre secteur, et nous participons activement à ces échanges.
Mais l’accent mis sur l’investissement grand public – c’est-à-dire les Canadiens lambda qui investissent leur argent dans des projets présentant des avantages sociaux, environnementaux et culturels – peut parfois se perdre dans les débats plus généraux sur la finance sociale et l’investissement à impact social. À ce stade, il est important d’avoir une discussion spécifique sur la manière dont nous pouvons promouvoir ce type d’investissement auprès des Canadiens lambda.
Quelles discussions espérez-vous voir naître lors du Sommet et qui n’auraient probablement pas lieu ailleurs ?
Stéphanie: J'espère sincèrement que nous aurons l'occasion d'associer à cette discussion des fonctionnaires, des responsables gouvernementaux et des députés.
Je souhaite que nous puissions partager certaines des incroyables réussites qui existent déjà, directement à travers le témoignage d’organisations qui lèvent des fonds auprès de leurs communautés et les utilisent pour résoudre des problèmes majeurs. Pouvoir démontrer cet impact est d’une valeur inestimable.
L'autre aspect, c'est la collaboration. Je suis profondément convaincu que notre secteur repose sur la collaboration. Nous nous soutenons mutuellement, et nous sommes plus forts lorsque nous travaillons ensemble. Ce sommet est une nouvelle occasion de nous retrouver physiquement, de partager ce que nous apprenons et de réfléchir à ce qui nous attend.
Que faut-il faire, au-delà de passer deux superbes journées ensemble ?
Stéphanie: C'est là que la Coalition canadienne pour le capital communautaire peut jouer un rôle important. Nous espérons que davantage d'organisations rejoindront la Coalition et poursuivront leur engagement au-delà du Sommet. Le développement de la Coalition nous offre un cadre propice à la poursuite du dialogue.
Même si nous parvenons à faire avancer notre demandes actuelles en amont du budget, il y aura toujours de nouvelles étapes à franchir. Et une fois que nous aurons atteint notre objectif, nous devrons démontrer que ces changements de politique ont été une bonne décision pour le gouvernement et pour les Canadiens.
Il faut donc que ce soit un dialogue permanent.
Nous souhaitons continuer à développer ce mouvement, à renforcer le soutien dont il bénéficie et à veiller à ce que les idées et les points de vue de toutes les personnes qui doivent prendre part à ce débat soient pris en compte.
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